Une tempête menace une ville de Floride lors d’un début hypnotique

Le premier film d’Alexandra Simpson, No Sleep Till, s’ouvre sur un message troublant. Une voix grésillante diffuse un avis de tempête tropicale pour la Floride. Le ton est grave mais factuel, illustrant la banalité de ces alertes. Pendant que la voix énonce des chiffres d’avertissement (encourageant implicitement les habitants à évacuer), nous apercevons des scènes de la vie quotidienne. Les gens terminent leurs longueurs à la piscine, sèchent leurs cheveux dégoulinants et nourrissent leurs chiens.

À Jacksonville, lieu de l’intrigue, les habitants se préparent à faire la fête, comme si la meilleure réponse à une atmosphère apocalyptique était une dernière rave. Ils allument des étincelles et mettent de la musique à fond, dansant au rythme de la musique. En collaboration avec le directeur de la photographie suisse Sylvain Marco Froidevaux, Simpson capture ces groupes comme des silhouettes fantomatiques évoluant dans un monde en déclin.

No Sleep Till

Résumé

Sombre et hypnotique.

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Date de sortie : Vendredi, 18 juillet
Distribution : Jordan Coley, Xavier Brown Sanders, Brynne Hofbauer, Taylor Benton
Réalisatrice-scénariste : Alexandra Simpson

1 heure 33 minutes

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Sortant dans quelques salles ce vendredi, No Sleep Till suit plusieurs habitants confrontés à l’imminence d’un ouragan. Le film, présenté à Venise l’année dernière et distribué par Factory 25, se compose de vignettes qui se superposent thématiquement pour évoquer le lyrisme singulier de la mélancolie côtière et la peur croissante liée au fatalisme climatique. À ce sujet, No Sleep Till rejoint un petit mais de plus en plus important groupe de films qui intègrent les réalités de la crise climatique dans leur narration. Le film excelle notamment dans la représentation d’une étrange forme d’adaptation climatique, où les gens se résignent à leur destin face aux éléments. Cela est particulièrement vrai pour les familles qui, face à la tempête, semblent ne même pas envisager l’évacuation.

À l’instar de ses contemporains, Simpson, qui a dirigé, écrit et monté No Sleep Till, raconte une histoire non linéaire avec des tonalités poétiques. Ce film est le dernier né d’un collectif connu sous le nom d’Omnes Film, dont les précédents travaux incluent Christmas Eve in Miller’s Point de Tyler Taormina et Eephus de Carson Lund. Comme ces autres projets, No Sleep Till explore de nouvelles façons — principalement à travers l’expérimentation atmosphérique — d’approcher une histoire familière. Le film avance à la lenteur d’une journée d’été humide. Au fil des scènes, nous surprenons des morceaux de conversation et tissons des récits de vies entières. Ce rythme confère au film une qualité de rêve fiévreux difficile à oublier. Un instant, nous voyons des figures gesticulant sous un ciel violet ; au suivant, des nettoyeurs de piscines s’affairent méthodiquement. Pendant ce temps, les doux bourdonnements de la nature nous entourent.

Bien qu’il n’y ait pas de narration classique, No Sleep Till converge finalement autour de trois histoires. Dans l’une d’elles, un chasseur de tempêtes (interprété par Taylor Benton, qui poursuit réellement des tornades et des cyclones) cherche à se rapprocher du cyclone tropical approchant. Alors que les résidents fuient la ville, lui s’y dirige, s’arrêtant en cours de route pour avoir de brèves conversations révélatrices avec des locaux.

Dans une autre trame, une jeune femme nommée June (Brynne Hofbauer), que nous découvrons d’abord en train de nager à la piscine, continue ses habitudes dans ce qui commence à ressembler de plus en plus à une ville fantôme. Une scène montre June recevant un mot de la part d’un ami. Il lui souhaite le meilleur, et l’adieu — écrit sur un bout de papier — illustre un autre aspect tragique de ces conditions climatiques de plus en plus extrêmes : la séparation d’amis, et parfois même de la famille.

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La dernière histoire, ma préférée, suit le comédien Will (Jordan Coley) et son ami Mike (Xavier Brown-Sanders) alors qu’ils envisagent un voyage vers le nord pour échapper à la tempête et peut-être réaliser leurs ambitions de célébrité comique. Leur récit défie le nihilisme climatique en célébrant subtilement l’amitié et le rêve même face à la catastrophe. Leur relation se déroule à un rythme naturel et paisible, et leurs conversations — Mike souhaite rester, Will pense qu’il faut partir — sont à la fois tendres et parfois mélancoliques. Sur la route, ils discutent de l’ajustement de leurs numéros ainsi que des villes à visiter avant d’atteindre leur destination finale à Philadelphie. Leurs échanges culminent en une discussion particulièrement émotive sur les risques et, dans les mots de Mike, l’excitation de « faire quelque chose ».

Même si la tempête fait rage, montant et descendant à l’approche du littoral, les habitants de cette ville persistent à agir. Cela semble être la leçon majeure du film modeste mais assuré de Simpson.

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